Enchantée, Sophia! Faisons connaissance, qui es-tu?
Bonjour, mon nom est Sophia! J’ai 39 ans, je viens de France, et ça fait 8 ans maintenant que je vis au Québec. Je suis de diverses origines ; ma maman est algérienne, mon père est grec et je pense que ça m’a inculqué un goût pour l’étranger. J’ai donc pas mal voyagé et travaillé ailleurs. J’ai fait une partie de mes études en Espagne, je suis ensuite allée en Angleterre, à Londres, pendant 2 ans. J’ai travaillé dans l’événementiel là-bas. Je suis ensuite allée au Japon, à Kyoto, pendant deux ans aussi, avant d’arriver ici. J’ai quand même un peu roulé ma bosse. Puis, nouvellement entrepreneure et maman de deux petites filles de 3 et 5 ans.
Comment est née NavEazy, est-ce que tu peux nous parler de son histoire et sa mission?
Je travaille depuis quelques années en tant que responsable marketing pour l’Alliance des plaisanciers du Canada. C’est la plus grande communauté de plaisanciers ; il y a à peu près 52 000 membres, principalement au Québec et en Ontario. Je suis dans ce domaine-là.
De base je ne navigue pas, je suis tombée un peu dedans par hasard. Mais un de mes très bons collègues, lui, respire bateau, pense bateau depuis 25 ans et je lui ai expliqué une fois que pour l’anniversaire de mon conjoint, j’avais voulu réserver un bateau et que ça avait été vraiment très compliqué, qu’il y avait très peu d’offres aux abords de Montréal, et que c’était très cher. En discutant, on s’est dit qu’il y avait un réel besoin.
NavEazy c’est de la mise en location, mais entre particuliers ; tu as un bateau, tu vas le louer via une application mobile. On s’est rendu compte que les personnes qui possèdent aujourd’hui un bateau, qui les mettent à naviguer, l’utilisent en moyenne entre 16 à 21 jours par an. La saison est assez courte et ça coûte 6 000 $ en moyenne rien que de l’entretenir, de l’entreposer, et de le réparer. Donc l’idée c’était de permettre à d’autres personnes de l’utiliser, notamment celles qui n’ont pas d’espace pour l’entreposer chez eux ou qui n’ont pas les moyens, parce qu’évidemment, ça coûte cher.

Pourquoi l’entrepreneuriat?
Cela fait 15 ans que je suis dans le monde du travail, que je suis travailleuse active. J’ai toujours travaillé dans le marketing. C’est vraiment une passion. Il y a quand même une stabilité qui nous est offerte en entreprise ; je ne m’étais vraiment jamais posé la question de me lancer. Ça me semblait être une montagne d’obstacles. Mais au fur et à mesure des échanges avec mon collègue, on s’est dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire à ce niveau-là. Il y a un marché qui est fou ; aujourd’hui, un.e Canadien.ne sur dix veut faire de la plaisance.
Rien qu’au Québec, il y a 700 000 personnes qui ont un permis de bateau, pour 100 000 bateaux à peu près en état de navigabilité. Donc, il y a quand même un marché à combler. Puis là, on parle juste du Québec ; l’Ontario, c’est un marché encore plus gros. Il y a vraiment un besoin derrière.
On a alors commencé à se prendre au jeu, puis c’est devenu une évidence pour nous. On croit vraiment au projet. On est trois co-fondateurs, maintenant, dans l’aventure entrepreneuriale. On a tous des forces très complémentaires. Et je pense que le fait qu’on soit trois, c’est aussi rassurant. La montagne que me semblait être l’entrepreneuriat, oui, elle est toujours là. Mais à trois, on se soutient. C’est nouveau pour tous les trois. On découvre.
Quelles sont tes forces comme entrepreneure? Et qu’est-ce que tu veux travailler?
Ma principale force comme entrepreneure réside dans mon esprit stratégique. J’ai une capacité naturelle à prendre du recul, à analyser un écosystème dans son ensemble et à relier les points entre le marché, les besoins clients, la technologie et la mise en marché. Avant d’agir, j’aime comprendre le pourquoi, le pour, le qui et le comment, afin de bâtir des projets cohérents, durables et porteurs de sens. Cette approche me permet de prendre des décisions éclairées, d’anticiper les risques et de prioriser ce qui a réellement de l’impact.
Cela dit, comme beaucoup d’entrepreneur.e.s curieux.ses et passionné.e.s, l’un de mes défis est d’apprendre à ne pas m’éparpiller. J’ai une soif constante d’apprendre, de comprendre tous les aspects de l’entreprise, parfois même au-delà de ce qui est nécessaire à l’instant présent. Mon travail consiste donc à canaliser cette curiosité, à rester focus sur les priorités stratégiques et à accepter que tout n’a pas besoin d’être maîtrisé immédiatement.
Aujourd’hui, je m’efforce de mieux déléguer, de faire confiance à l’expertise de mon équipe et de concentrer mon énergie là où ma valeur ajoutée est la plus forte : la vision et la stratégie.

As-tu fait face à des enjeux et/ou difficultés durant ton parcours entrepreneurial, et si oui, lesquel(le)s?
Il y a quand même beaucoup d’étapes à suivre lorsqu’on crée son entreprise. En ce qui me concerne, les chiffres, c’est un peu ma bête noire. Il y aussi le fait que les deux autres s’appuient beaucoup sur moi pour être un peu l’instigatrice du pilotage de l’entreprise, de faire le cahier des charges, de s’assurer que chacun.e ait bien complété les tâches qui lui incombaient, d’aller faire des recherches, etc. Ça, ça a été un petit challenge.
Par ailleurs, j’ai l’impression qu’en tant que femme entrepreneure, tu as toujours cette nécessité de devoir vraiment appuyer ta crédibilité ; parfois en faire deux fois plus pour être prise au sérieux. Je pense que le syndrome de l’imposteur est plus présent auprès des femmes que des hommes. Ce n’est pas un mythe. Du coup, tu n’as pas le choix que de devoir vraiment prouver que tu as droit à cette place-là. Donc, oui, au départ, j’ai voulu en faire plus. Du coup, ça a été plus confortable pour les autres de se reposer un petit peu sur moi et de se dire « OK, si je ne fais pas quelque chose, Sophia le fera » ou alors « J’attends qu’elle me délègue ou qu’elle me dise quoi faire, quand, comment. »
Cela a donc été un peu compliqué pour nous de remettre les choses à plat.
Tu fais partie des lauréats régionaux du Défi OSEntreprendre. Félicitations! Pourquoi est-ce que c’était important pour toi d’y prendre part?
Honnêtement, ça a été une aventure magnifique. Ça a vraiment été le lancement pour nous. En fait, c’est via le Défi que j’ai découvert pas mal d’outils qui nous ont permis de structurer mieux notre idée, notre projet. J’ai appris justement à faire des flux de trésorerie, ce que je n’avais déjà fait de ma vie, ainsi que le plan d’affaires.
Rien que le parcours et l’expérience en soi c’était génial. Et après ça a été la cerise sur le gâteau d’être nommé.e.s vainqueurs à Montréal. Honnêtement, on n’y croyait pas parce qu’il y avait tellement de projets vraiment magnifiques! C’était une très belle surprise. Les encouragements qu’on a eus, les retours de la part du jury lors de la soirée de remise. Ça nous a vraiment portés, ça nous a donné un autre souffle. Le Gala c’était une soirée tellement inspirante aussi; de voir les autres projets, de partout au Québec.
On a eu un petit chèque aussi donc c’était génial, mais le plus gros prix qu’on ait eu c’était un an de mentorat avec Réseau Mentorat, à l’époque. C’est super. Tous les mois, je rencontre une mentore depuis septembre et elle m’aide beaucoup.
Le fait de se sentir soutenu.e.s et encouragé.e.s, ça nous donne un souffle, une impulsion.

En quelques mots, qu’est-ce que le Défi OSEntreprendre t’a apporté?
Au niveau réseau, on a fait pas mal de belles rencontres, parmi les juré.e.s, parmi les professionnel.le.s et aussi parmi les autres finalistes. C’était super de pouvoir échanger sur d’autres projets, de brainstormer.
Qu’est-ce que tu dirais aux entrepreneur.e.s qui hésitent à participer au Défi OSEntreprendre?
Allez-y, lancez-vous! Dans tous les cas, le travail à faire en amont pour pouvoir poser sa candidature, le cheminement, les livrables qu’il faut donner pour pouvoir candidater, ça va être très instructif. C’est un apprentissage vraiment nécessaire pour pouvoir avancer dans son parcours entrepreneurial.
Le fait de pouvoir faire, comme je disais, un plan d’affaires, des flux de trésorerie, une projection aussi pour l’année à venir, voir quels sont les besoins. Ce sont des choses sur lesquelles OSEntreprendre donne vraiment beaucoup d’outils qui vont vous aider.
Les retours que vous allez avoir ensuite sur le projet, les challenges qu’on va poser, ça va vous permettre d’avancer également, ça va être enrichissant.
De manière plus générale, as-tu un conseil ou un petit mot pour les entrepreneur.e.s en devenir?
Plusieurs! (Rires)
N’hésitez pas à vous lancer, à oser, ne pas avoir peur de ses idées. Dans tous les cas, quelle que soit l’issue, c’est une expérience qui est très valorisante, très enrichissante. Donc, ne pas avoir peur.
Puis, je pense qu’on a vraiment une chance inouïe d’être dans un pays qui nous encourage, qui suit les entrepreneur.e.s et qui nous met à disposition beaucoup de ressources. Il y a un super écosystème dans le monde des affaires. Je pense qu’on a tant à s’apporter les uns des autres.
Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter à toi pour cette année?
Beaucoup de courage. On a encore beaucoup de choses devant nous, beaucoup de tâches à accomplir. Les six premiers mois de l’année vont être assez chargés pour tenir nos échéanciers.
J’essaie de m’entourer aussi au maximum. Je suis vraiment contente parce que j’ai été acceptée dans une cohorte entrepreneuriale de HEC Montréal avec d’autres femmes entrepreneures. J’ai vraiment hâte de ça, d’échanger avec d’autres femmes.
Donc je dirais de ne pas lâcher, d’aller jusqu’au bout et puis de réussir, évidemment.