Enchantée, Odrey! Faisons connaissance, qui es-tu? 
Bonjour! Mon nom est Odrey Robillard. Je suis la fondatrice de Rose des Vents, une entreprise d’accompagnement en finances durables. Je me considère comme une personne à multiples identités, en ce sens que j’ai toujours été très habitée par le travail. J’ai étudié en finances, puis j’ai fait une maîtrise en environnement par la suite. J’ai travaillé la plus grande partie de ma carrière au sein du secteur financier auprès de détenteurs d’actifs, donc la Caisse de dépôt et placement du Québec, puis le Fonds de solidarité FTQ pendant plusieurs années aussi. L’idée était donc d’influencer la façon dont les décisions d’investissement se prenaient pour que les considérations environnementales, sociales et de gouvernance soient mieux comprises et donc mieux intégrées à la décision d’investissement. 
Je suis aussi, dans mes identités, maman. Je suis mère d’une petite fille de 4 ans et d’un fils de 2 ans. Ça aussi, ça occupe une bonne partie de l’agenda chaque semaine.
C’est un double défi, je pense, en étant entrepreneure, de lancer une entreprise dans un contexte où on a une jeune famille à la maison, mais c’est possible. Donc, s’il y a des parents qui sont intéressé.e.s et inspiré.e.s par l’entrepreneuriat, c’est clairement possible de concilier le lancement d’une entreprise puis une jeune famille.
Je pense que pour être quelqu’un qui a beaucoup d’énergie, qui est autant investi justement dans le travail et tout ça, il faut penser à soi aussi. Dans mon cas, non seulement mon conjoint me soutient, mais c’est lui qui m’a poussée vers l’entrepreneuriat. C’est important aussi d’être bien entourée. J’ai des mentors, des coachs, des ami.e.s, des collègues.
 
Comment est née Rose des Vents, est-ce que tu peux nous parler de son histoire et sa mission?
Rose des Vents est née pendant mon deuxième congé de maternité. À ce moment-là, je me suis fait accompagner par mentor et coach. La première chose qu’on m’a demandée, c’est de faire un bilan professionnel, tirer une ligne du temps, dire ce que j’avais aimé, moins aimé de mes expériences précédentes. Ensuite, de faire un vision board (du collage). Ça a été une étape tellement stressante pour moi. Puis finalement, l’entrepreneuriat était ressorti très fortement de ce collage. Ceci dit, je n’étais pas prête à tout abandonner; j’étais gestionnaire dans une grande organisation, j’avais une carrière stable.
Alors je me suis dit, « prenons l’éléphant un morceau à la fois ; pour me lancer en entrepreneuriat, je vais me bâtir un fonds de prévoyance ». J’ai économisé 40 000 $ pour pouvoir me dire que j’allais être capable de faire face à au moins 12 mois, une année complète sans revenus. 
La deuxième chose à faire, trouver un premier mandat. Pour pouvoir m’occuper, mais aussi parce que le travail amène le travail. 
Puis en avril 2024, j’ai été impliquée dans un conseil d’administration d’une fondation communautaire. Et la directrice générale annonce sa retraite un petit peu par surprise. Ce qui nous a permis d’initier des discussions sur la relève. Et on a structuré cette relève-là comme étant un mandat de consultation en finances durables.
Rose des Vents n’existait pas encore. Je savais juste que j’avais un projet d’entreprise d’accompagnement en finances durables. Et donc, ça a été mon premier mandat. Un mandat de 12 mois temps partiel, une vingtaine d’heures semaine. Je reprenais la direction générale et je faisais progresser la fondation. Ça a commencé en septembre 2024.
Ensuite, j’ai été mise en relation avec une personne qui m’a posé plein de questions sur ce qu’est ma vision d’entreprise, ma mission, qu’est-ce que je voulais faire. Il est arrivé avec trois piliers de marques. Il est arrivé aussi avec trois propositions de noms pour mon entreprise. Rose des Vents faisait partie de ces propositions. 
Je voulais vraiment que ça inspire, que ça soit la très petite version du grand projet d’entreprise en termes d’histoire. Mon pitch : Rose des Vents, c’est quoi? C’est comment réorienter les capitaux pour qu’on puisse solutionner les grands enjeux d’aujourd’hui. On traverse des périodes tumultueuses, de brouillard, des périodes difficiles. L’intégration ESG, la finance durable en ce moment, c’est compliqué avec le contexte géopolitique actuel. Mais ce n’est pas parce qu’on traverse une période momentanément difficile que la direction est mauvaise.
 Pourquoi l’entrepreneuriat?
Quand on travaille en contexte d’organisation, on doit adhérer aux valeurs, aux convictions de l’organisation. C’est une des choses que je trouvais difficile, alors que je me suis toujours définie comme une intrapreneure, ce qui veut dire de réaliser des projets, mais dans les limites et le cadre de l’organisation pour laquelle on travaille.
L’entrepreneuriat a été vraiment pour moi la façon de me libérer d’un cadre établi, de définir moi-même mes orientations, mes valeurs d’entreprise. J’ai commencé par définir Rose des Vents par les valeurs. C’était la première chose que j’ai réfléchie avant le nom et la mission.
Mais c’est sûr que l’entrepreneuriat vient avec un revers de la médaille. Dans mon cas, je n’ai pas forcément une paye toutes les deux semaines ; il faut que j’alimente le réservoir de plus de trésoreries pour pouvoir me rémunérer. Donc mon quotidien c’est beaucoup de travail de démarchage.
L’autre chose, c’est de pouvoir accompagner plus d’organisations et être exposée à des contextes variés ou des problématiques que je n’ai jamais vues. C’est incroyable en termes de développement personnel et d’apprentissage!
Par ailleurs, comme je travaille en consultation ou en accompagnement, ce sont des heures facturables que je vends. Donc très vite, j’ai dépassé ma propre limite à pouvoir libérer toutes les heures facturables que j’avais vendues. Je me suis alors dit « pourquoi ne pas passer par le service des stages? » J’ai donc affiché un stage, et j’ai trouvé la perle rare, à qui j’avais eu le bonheur aussi d’enseigner juste l’été dernier. Ça fait déjà cinq ou six semaines qu’on travaille ensemble, qu’elle me donne des heures ; ça permet de me libérer un petit peu, puis de me sortir la tête de l’eau. Donc, je ne suis plus seule. En 2026, il y a des choses qui sont en train de se finaliser. Je m’attends peut-être à pouvoir engager une autre personne aussi, à temps plein.
 
Quelles sont tes forces comme entrepreneure? Et qu’est-ce que tu veux travailler?
Pour mes forces, je dirais le sens. J’ai fondé mon entreprise sur des valeurs d’espoir, d’audace, de détermination, d’excellence et de réciprocité, avec une volonté affirmée : rediriger le capital vers des projets et entreprises qui s’inscrivent dans l’économie de demain (durable, inclusive, juste). La capacité à relier des mondes qui se parlent peu, aussi. J’ai une capacité naturelle à créer des ponts entre des individus, des organisations et des domaines de pratique. En rendant accessibles des concepts complexes, je contribue à faire émerger des objectifs communs et à mobiliser autour d’une vision partagée.
Le courage aussi, notamment entrepreneurial. Intégrer la durabilité en finance, tant dans son enseignement que dans sa pratique, demande une certaine dose de courage. Se lancer en entrepreneuriat aussi. J’assume (maintenant) pleinement cette posture, même lorsqu’elle bouscule les façons de penser et de faire établies.
Pour mes pistes d’apprentissage, je dirais bâtir. Dans les prochains mois et prochaines années, il faut que j’apprenne à structurer et gérer le développement de mon entreprise. Cela passera par le recrutement de talents d’exception et par une structuration interne réfléchie, me permettant de déléguer efficacement, de soutenir l’autonomie des talents en place et de créer les conditions pour qu’ils atteignent leur plein potentiel, tout en me libérant pour d’autres projets.
Enfin, trouver le temps. Je devrais apprendre à mieux gérer mon temps et à prioriser ce qui compte réellement pour moi. Mon objectif est clair : maintenir un équilibre sain entre mon projet entrepreneurial, ma vie familiale et du temps personnel. 
As-tu fait face à des enjeux et/ou difficultés durant ton parcours entrepreneurial, et si oui, lesquel(le)s? 
Je dirais deux grands. Le premier, c’est l’insécurité. C’est tellement insécurisant d’être entrepreneur.e. D’autant plus que, la pratique que j’ai, soit l’accompagnement et la consultation, les gens qui font ça aussi dans l’écosystème, ce sont des grandes firmes internationales établies. C’est intimidant. Donc je dois beaucoup me parler à moi-même, me dire que j’ai ma place, que ça fait du sens, que les gens ont de l’intérêt pour ce que je fais. Il y a quand même une certaine partie d’insécurité. Mais là encore, je suis bien entourée.
Le deuxième enjeu, c’est la croissance, qui a été très rapide. Comme je disais, je me suis fait un peu absorber par ma croissance. Dans mes objectifs de 2026, la gestion de mon temps est un de mes quatre objectifs prioritaires. Il faut que mon agenda soit encore mieux planifié. Il faut que je sois mieux préparée parce que là, je veux éviter de travailler les soirs, éviter de travailler la fin de semaine. Ça ne me dérange pas de le faire occasionnellement, mais je ne veux pas que ça devienne sur une base quotidienne. 
 
Tu fais partie des lauréats régionaux du Défi OSEntreprendre. Félicitations! Pourquoi est-ce que c’était important pour toi d’y prendre part?
Dans mon cas, le Défi OSEntreprendre a été vraiment un élément déclencheur.
Moi, je viens de la grande organisation. L’écosystème entrepreneurial, je ne le connais pas. Je ne connaissais pas les organisations qui étaient impliquées, les subventions disponibles, les programmes.
Le Défi OSEntreprendre, c’est un courriel que j’ai reçu dans ma boîte qui disait « Dernière chance pour appliquer au programme de subvention de OSEntreprendre ». Je ne connaissais pas, mais je me suis dit « pourquoi pas? » Le processus d’application a été super intéressant parce que ça m’a permis de réfléchir à ma planification stratégique, à ma planification financière, de faire un pitch en 5 minutes qui m’a servi aussi plus tard ; j’ai l’habitude de parler en public, mais un pitch en cinq minutes calculé, c’est dur, il faut que tu l’aies appris par cœur.
Donc, ça a été la première porte qui s’est ouverte sur le milieu entrepreneurial, puis tout a déboulé à partir de là. 
 
En quelques mots, qu’est-ce que le Défi OSEntreprendre t’a apporté?   
Je me suis rendue jusqu’à Québec. Ça m’a permis d’avoir un an avec Réseau Mentorat.
J’ai aussi été approchée par une personne impliquée dans le programme Créavenir qui m’avait vue pitcher, dans le cadre de l’annonce des lauréats régionaux. J’ai appliqué au programme Créavenir, j’ai été retenue, et j’ai pu avoir du financement à la marge de crédit. 
Ça m’a fait connaître également l’École des entrepreneurs du Québec, et je me suis inscrite à vos parcours « Structurer la croissance ». 
J’ai été approchée par la station FinTech de Finance Montréal pour participer à la course des FinTech, qui m’a amenée à faire un pitch de cinq minutes pendant leur sommet des FinTech en anglais, qui m’a permis de me faire voir par PME Montréal, qui m’a approchée pour une heure d’accompagnement et de financement.
Désormais mes bureaux sont hébergés à la station FinTech à la place Ville-Marie, en plein cœur du Centre-ville. Donc, ça a été comme un effet domino, mais tout a commencé par le Défi Osentreprendre.
Qu’est-ce que tu dirais aux entrepreneur.e.s qui hésitent à participer au Défi OSEntreprendre? 
Pour moi et pour Rose des Vents, ça a été le meilleur investissement que j’ai fait dans les 12 derniers mois. Ça a été tellement bénéfique en termes de soutien financier, mais aussi en  connexions, en découverte de l’écosystème entrepreneurial ; ça a été vraiment un excellent investissement. Mon projet était beaucoup plus solide quand je suis ressortie du Défi OSEntreprendre.
Ma posture, aussi, plus assumée en tant qu’entrepreneure. 
Ça a été vraiment un très bon investissement. Donc, n’hésitez pas, c’est une excellente expérience. Puis, dans tous les cas, j’ai trouvé que c’était vraiment un programme pour moi. 
 
De manière plus générale, as-tu un conseil ou un petit mot pour les entrepreneur.e.s en devenir? 
Si vous avez un projet entrepreneurial, que vous avez des craintes, que vous n’êtes pas sûr.e de gérer vos risques… Ne vous inquiétez pas, l’entrepreneuriat peut prendre plein de formes différentes. Est-ce que c’est que vous le faites à temps partiel pendant une période de temps? Est-ce que vous voulez bâtir un fonds de prévoyance avant puis un premier mandat? Il n’y a pas de bonne réponse à ces questions.
Mais le fait de gérer ses risques en amont, ça permet d’être plus confiant.e aussi dans le projet entrepreneurial, et de bien dormir la nuit. Donc, ça, ça a été quelque chose qui a très bien fonctionné pour moi.
 
Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter à toi pour cette année?
Pour 2026, de continuer tranquillement le développement de l’entreprise, d’être capable de bien absorber cette croissance-là sans que Rose des Vents ne perde sa mission, sa vision, puis pourquoi pas, de commencer à mettre en place et consolider une équipe.